La zone arctique : le royaume du froid perpetuel
La premiere fois que j'ai pose le pied dans la zone arctique russe, c'etait sur un bout de terre de la Nouvelle-Zemble, en septembre. Le thermometre indiquait deja moins douze. L'air etait d'une purete presque douloureuse, comme si chaque molecule d'humidite avait ete aspiree par le ciel. Cette zone couvre les territoires les plus septentrionaux de la Russie : les iles de l'ocean Arctique (Nouvelle-Zemble, Terre Francois-Joseph, Severnaya Zemlya), la cote nord de la Siberie et la peninsule de Taimyr.
Les hivers sont d'une rigueur extreme, avec des temperatures moyennes comprises entre -30 et -50 degres Celsius. La nuit polaire, cette periode pendant laquelle le soleil refuse de se lever, peut durer de deux a cinq mois selon la latitude. J'ai connu cette obscurite permanente lors d'un sejour a Dikson, le port le plus septentrional de la Russie continentale : au bout de trois semaines sans voir le soleil, on comprend pourquoi les peuples du Nord ont invente tant de legendes sur la lumiere. Les vents violents, charges de cristaux de glace, creent des blizzards qui reduisent la visibilite a quelques metres et rendent tout deplacement perilleux.
L'ete arctique est bref mais intense. Pendant deux a trois mois, le soleil de minuit brille 24 heures sur 24, et les temperatures peuvent atteindre 5 a 10 degres Celsius dans les zones cotieres. La toundra se couvre alors d'une fine couche de vegetation — lichens, mousses, fleurs sauvages aux couleurs eclatantes — qui constitue la nourriture des rennes et des lemmings. Les precipitations sont faibles, souvent inferieures a 200 mm par an, faisant de l'Arctique un veritable desert froid. C'est un paradoxe fascinant : l'un des endroits les plus enneiges en apparence est aussi l'un des plus secs de la planete.
La zone subarctique : entre nuit polaire et soleil de minuit
La zone subarctique s'etend au sud de la zone arctique, englobant une large bande de territoire qui va de la peninsule de Kola a l'ouest jusqu'au Kamchatka a l'est. J'ai traverse cette zone en train, dans un wagon du Transsiberien, et la monotonie apparente du paysage — foret, foret, encore foret — finit par exercer une fascination presque hypnotique. Cette zone est caracterisee par des hivers tres longs (sept a neuf mois) et des etes courts mais relativement doux.
Les temperatures hivernales oscillent entre -20 et -40 degres Celsius, avec des pointes plus froides dans les cuvettes intracontinentales. L'ete, bien que bref, peut offrir des temperatures agreables de 12 a 18 degres en juillet, parfois plus dans les vallees abritees. C'est dans cette zone que se trouve la taiga, la plus grande foret boreale du monde, qui s'etend sur des milliers de kilometres — un ocean vert dont on ne voit jamais la fin.
Le pergelisol (permafrost) est present sur la majeure partie de cette zone, rendant l'agriculture impossible mais preservant de nombreux vestiges prehistoriques, dont des mammouths parfaitement conserves. Les villes de Mourmansk, Norilsk et Iakoutsk se trouvent dans cette zone et illustrent la capacite des Russes a vivre dans des conditions climatiques qui sembleraient inhabitables a la plupart des Occidentaux. A Norilsk, j'ai vu des enfants jouer dehors par moins trente, les joues rouges et le rire facile. Le froid, ici, n'est pas un ennemi : c'est un voisin avec lequel on a appris a cohabiter.
La zone temperee : le coeur climatique de la Russie
La zone temperee est la plus etendue et la plus peuplee de Russie. Elle couvre la majeure partie de la Russie europeenne, le sud de la Siberie occidentale et l'Extreme-Orient. C'est dans cette zone que se trouvent Moscou, Saint-Petersbourg, Novossibirsk, Ekaterinbourg et la plupart des grandes villes du pays. C'est aussi la Russie que la plupart des voyageurs decouvrent en premier.
Le climat y est continental, avec des hivers froids et des etes chauds. A Moscou, les temperatures moyennes varient de -10 degres en janvier a 19 degres en juillet, avec des extremes pouvant aller de -30 a 35 degres. J'ai connu Moscou en plein mois de janvier : la neige craquait sous les bottes, la vapeur s'echappait des bouches de metro comme des geysers, et pourtant les parcs etaient pleins de patineurs et de promeneurs. Les precipitations sont moderees, entre 500 et 800 mm par an, avec un maximum en ete sous forme d'orages.
Cette zone se subdivise en plusieurs sous-regions climatiques. Le nord-ouest (Saint-Petersbourg, Novgorod) est influence par la Baltique et connait un climat plus humide et plus doux en hiver. Le centre (Moscou) est typiquement continental. Le sud (Volgograd, Rostov-sur-le-Don) beneficie d'etes longs et chauds propices a l'agriculture — les steppes russes de cette region, immenses etendues herbeuses balayees par le vent, nourrissent une bonne partie du pays en ble et en tournesol. Les quatre saisons sont bien marquees, avec un automne dore spectaculaire et un printemps rapide mais explosif, lorsque la neige fond en quelques semaines et que la nature entiere semble se reveiller d'un seul coup.
La zone subtropicale : la Riviera russe
La zone subtropicale est la plus reduite de Russie, limitee a une etroite bande cotiere le long de la mer Noire, entre Anapa et Sotchi. Protegee des vents froids du nord par la chaine du Caucase, cette region jouit d'un climat mediterraneen unique en Russie, avec des hivers doux et des etes chauds. Quand on arrive a Sotchi depuis Moscou en plein hiver, le choc est saisissant : on quitte la grisaille et les moins quinze pour retrouver des palmiers et un air tiede qui sent la mer.
A Sotchi, la temperature moyenne en janvier est de 6 degres Celsius — un contraste saisissant avec le -10 de Moscou au meme moment. Les etes sont chauds et humides, avec des temperatures depassant regulierement 30 degres. Les precipitations sont abondantes, depassant 1 500 mm par an, ce qui permet une vegetation luxuriante de type subtropical : palmiers, magnolias, bambous et agrumes. Cette region est la principale destination balneaire des Russes depuis l'epoque sovietique.
Sotchi, qui a accueilli les Jeux olympiques d'hiver 2014, offre une situation unique : on peut skier dans les montagnes du Caucase le matin et se baigner dans la mer Noire l'apres-midi. Le the russe, cultive dans les plantations de Sotchi, est le plus septentrional au monde. J'y ai goute un the vert d'altitude dont la saveur herbeuse et delicate n'avait rien a envier aux crus japonais — une surprise totale dans un pays que l'on associe plutot au samovar et au the noir bien tasse.
La Russie europeenne : nord-ouest, centre et sud
La Russie europeenne, a l'ouest de l'Oural, concentre les trois quarts de la population du pays sur un quart de sa superficie. La plaine russe, aussi appelee plaine d'Europe orientale, est l'un des plus grands espaces plats du monde, et c'est elle qui donne au climat russe son caractere continental si marque. Le climat y varie considerablement du nord au sud et d'ouest en est.
Le nord-ouest, domine par Saint-Petersbourg, subit l'influence maritime de la Baltique et de l'Arctique. Les hivers sont moderes pour la Russie (moyenne de -8 degres en janvier) mais humides et sombres. La neige recouvre le sol de novembre a mars. Les etes sont doux avec les celebres nuits blanches de juin, lorsque le crepuscule ne cede jamais completement a l'obscurite — j'ai marche le long de la Neva a deux heures du matin dans une lumiere de fin d'apres-midi, et cette experience reste l'une des plus marquantes de mes voyages en Russie.
Le centre et le nord-est connaissent un climat continental plus marque. Les hivers sont plus froids, les etes plus chauds, et l'amplitude thermique annuelle depasse souvent 30 degres. Le sud de la Russie europeenne, notamment la region de Krasnodar et le Caucase du Nord, beneficie d'etes longs et chauds avec un ensoleillement genereux, ce qui en fait le grenier a ble du pays avec ses immenses champs de tournesol et de cereales. Les steppes russes du sud, ou l'herbe ondule sous le vent comme une mer vegetale, possedent un charme austere et grandiose qui ne ressemble a rien d'autre.
L'Oural : la frontiere climatique
La chaine de l'Oural, qui s'etend sur 2 500 kilometres du nord au sud, constitue la frontiere traditionnelle entre l'Europe et l'Asie. Du point de vue climatique, elle joue un role de barriere partielle, attenuant l'influence des masses d'air oceaniques venues de l'Atlantique et accentuant la continentalite a l'est. Franchir l'Oural, c'est passer d'un monde a un autre : a l'ouest, l'Europe ; a l'est, l'Asie, la Siberie, l'immensitude.
Le climat de l'Oural varie fortement selon la latitude. Au nord, dans la region de Vorkouta, les conditions sont quasi arctiques avec des hivers interminables a -30 degres. Au centre, autour d'Ekaterinbourg, le climat est continental avec des hivers froids (-15 degres en janvier) et des etes agreables (19 degres en juillet). Au sud, les steppes offrent un climat plus sec et plus chaud.
L'Oural est egalement une region d'une grande richesse minerale et naturelle. Les forets de coniferes et de bouleaux couvrent les versants, et de nombreux parcs naturels protegent une faune diverse : ours bruns, loups, lynx, elans. Pour les randonneurs, les monts Oural offrent des itineraires varies, des marches familiales aux expeditions engagees dans le nord sauvage. Si vous planifiez un voyage dans cette region, notre guide des plus beaux endroits pour voyager en Russie vous donnera de precieuses pistes.
La Siberie : extremes de temperature
La Siberie est synonyme de froid extreme, et a juste titre. C'est dans cette immense region, qui represente a elle seule 77 % de la superficie de la Russie, que l'on trouve les temperatures les plus basses de l'hemisphere nord habite. Mais la Siberie est aussi une terre d'etes surprenants, ou le thermometre peut grimper au-dela de 35 degres — un paradoxe qui deroute tous les voyageurs.
La Siberie occidentale, autour de Novossibirsk et Omsk, connait un climat continental severe avec des hivers froids (-20 degres en moyenne en janvier) et des etes chauds (jusqu'a 25-30 degres en juillet). Les grandes plaines marecageuses de cette region constituent l'un des plus vastes systemes de zones humides au monde.
La Siberie orientale est la region des records. A Oymyakon, en Yakoutie, la temperature la plus basse jamais enregistree dans une zone habitee a ete de -67,7 degres Celsius en 1933. L'amplitude thermique annuelle y depasse 100 degres, puisque les etes peuvent atteindre 35 degres. Ce contraste incroyable est du a la situation enclavee de la region, loin de toute influence maritime, dans une cuvette ou l'air froid stagne en hiver. Pour mieux comprendre la vie quotidienne dans ces conditions extremes, notre article sur la fascination de la Siberie et du lac Baikal vous plongera au coeur de cette realite.
Le permafrost : quand le sol raconte le climat
On ne peut pas parler du climat russe sans evoquer le permafrost, ce sol gele en permanence qui recouvre pres de 65 % du territoire russe. J'ai decouvert sa realite brute a Yakoutsk, ou l'on m'a emmene visiter un laboratoire souterrain creuse dans la glace a douze metres de profondeur. La temperature y etait de moins huit degres — en permanence, ete comme hiver, depuis des millenaires.
Le permafrost est un temoin silencieux de l'histoire climatique de la Russie. Certaines couches de sol gele datent de la derniere ere glaciaire, il y a plus de vingt mille ans. Dans cette matrice de glace et de terre, on a retrouve des mammouths intacts, des rhinoceros laineux, des graines prehistoriques qui ont germe apres des millenaires de sommeil. C'est un congelateur naturel a l'echelle d'un continent.
Mais le permafrost est aussi une contrainte majeure pour la vie quotidienne. Les batiments de Yakoutsk et des villes siberiennes sont construits sur pilotis, car la chaleur qu'ils degagent ferait fondre le sol et les engloutirait. Les routes se deforment, les canalisations eclatent, les fondations bougent au rythme des gels et des degels. Les ingenieurs russes ont developpe un savoir-faire unique au monde pour construire sur ce sol instable — un exploit technique que peu de pays pourraient reproduire.
Le rythme des saisons : vivre au diapason du climat russe
Ce qui m'a le plus frappe en parcourant la Russie, c'est a quel point le rythme des saisons imprene la vie de tout un peuple. En France, les saisons existent, bien sur, mais elles restent temperees, presque polies. En Russie, les saisons sont des evenements telluriques.
L'hiver russe n'est pas une saison : c'est un etat d'etre. Il dure de cinq a neuf mois selon les regions, et il transforme le pays tout entier. Les rivieres se figent sous une croute de glace assez epaisse pour supporter des camions. La neige recouvre tout, attenuant les bruits, adoucissant les contours, creant un monde blanc et silencieux d'une beaute presque irreelle. Les Russes ne subissent pas l'hiver : ils l'habitent, avec leurs bains de glace, leurs promenades en traineau, leurs festins autour du samovar.
Le printemps (vesna) est une explosion. En quelques semaines, la neige fond, les rivieres debordent dans un phenomene spectaculaire appele la raspoutitsa — la saison des routes impraticables, quand la boue envahit tout. Puis les bourgeons eclatent, les oiseaux migrateurs reviennent, et la nature entiere semble respirer apres des mois d'apnee. L'ete, bref mais intense, est la saison de la datcha, ces maisons de campagne ou les Russes cultivent leurs jardins, cueillent les baies et les champignons, et profitent de chaque rayon de soleil comme d'un tresor. L'automne, enfin, est d'une beaute poignante : les forets de bouleaux se teintent d'or et de cuivre, les premieres gelees matinales annoncent le retour du geant blanc.
Conseils pratiques pour les voyageurs
Voyager en Russie implique de bien se preparer face aux conditions climatiques, qui peuvent etre tres differentes de ce que connaissent la plupart des Europeens. Apres des annees de voyages dans toutes les zones climatiques russes, voici les recommandations que je ne peux que vous transmettre avec insistance :
- Habillement en couches : Adoptez le systeme multicouche (sous-vetement thermique, couche isolante en polaire, couche exterieure coupe-vent). En Siberie en hiver, prevoyez une doudoune a -40 degres, des bottes fourrees et une chapka. Les Russes le disent : il n'y a pas de mauvais temps, il n'y a que des mauvais vetements.
- Protection du visage : Par grand froid, couvrez tout le visage. Les Russes utilisent des cagoules ou des echarpes epaisses pour proteger le nez et les joues des engelures. J'ai vu des gelures se former en moins de cinq minutes par -45 degres.
- Batteries et electronique : Le froid extreme draine rapidement les batteries. Gardez votre telephone et votre appareil photo contre votre corps pour les maintenir au chaud. Un appareil expose a -40 degres peut s'eteindre en quelques minutes.
- Hydratation : L'air froid est extremement sec. Buvez regulierement meme si vous n'avez pas soif, et utilisez une creme hydratante riche pour proteger votre peau.
- Saisons de voyage : Chaque saison a ses atouts. L'hiver pour les aurores boreales et le lac Baikal gele, le printemps pour la debacle des glaces, l'ete pour les randonnees et les nuits blanches, l'automne pour les forets dorees. Pour un guide complet des destinations, consultez notre article sur les plus beaux endroits pour voyager en Russie.
Le permafrost et le rechauffement climatique en Siberie
Le permafrost, ou pergelisol, constitue l'une des composantes les plus determinantes du climat en Russie, et sa destabilisation represente l'un des enjeux environnementaux majeurs du XXIe siecle. Ce sol gele en permanence, qui recouvre pres de 65 % du territoire russe, stocke environ 1 500 milliards de tonnes de carbone organique — soit pres du double de la quantite presente dans l'atmosphere terrestre. Les scientifiques de l'Institut de recherche sur le permafrost de Yakoutsk, fonde en 1960, surveillent avec une attention croissante les signes de degradation de cette couche gelee ancestrale.
Les mesures effectuees depuis les annees 1970 revelent une tendance nette : la temperature du permafrost augmente de 0,3 a 0,5 degre par decennie dans les regions les plus vulnerables de la Siberie occidentale. Cette hausse, apparemment modeste, suffit a provoquer des phenomenes spectaculaires et inquietants. En 2014, la decouverte de crateres geants dans la peninsule de Iamal, certains mesurant plus de 50 metres de diametre, a fait le tour du monde. Ces cavites resultent de l'explosion du methane libere par la fonte des couches de glace souterraines — un processus que les scientifiques qualifient de "bombe a retardement climatique".
Les consequences de la fonte du permafrost affectent directement les communautes humaines. A Norilsk, ville industrielle de 175 000 habitants dans le Grand Nord siberien, les fondations des immeubles se deforment a mesure que le sol se ramollit. En 2020, l'effondrement d'un reservoir de carburant lie a la degradation du permafrost a provoque l'une des pires catastrophes ecologiques de l'histoire arctique, deverssant 21 000 tonnes de diesel dans les cours d'eau de la region. Les routes et les pipelines de la Siberie occidentale subissent des dommages croissants, et les couts de maintenance des infrastructures ont ete multiplies par trois en vingt ans.
Les peuples autochtones de Siberie, premiers temoins de ces transformations, rapportent des changements profonds dans leur environnement. Les Nenets de la peninsule de Iamal constatent que les paturages de rennes se degradent, car la vegetation de la toundra ne se regenere plus de la meme facon sur un sol instable. Les Yakoutes observent l'apparition de lacs thermokarstiques — ces etendues d'eau formees par l'affaissement du sol apres la fonte de la glace souterraine — qui envahissent progressivement les terres agricoles et forestieres. Les chasseurs evenks de la Siberie orientale signalent des modifications dans les routes migratoires du gibier, bouleversees par les transformations du paysage.
Les chercheurs du Centre de recherche sur l'Arctique de Salekhard estiment que si le rechauffement se poursuit au rythme actuel, la limite meridionale du permafrost pourrait reculer de 150 a 200 kilometres vers le nord d'ici la fin du siecle. Cette regression libererait des quantites considerables de gaz a effet de serre, creant une boucle de retroaction climatique dont les consequences sont encore difficiles a modeliser avec precision. Le climat de la Russie, deja caracterise par ses extremes, pourrait connaitre des bouleversements d'une ampleur inedite dans l'histoire recente de l'humanite.
Face a cette menace, la Russie a lance plusieurs programmes de recherche, dont le projet Pleistocene Park en Yakoutie, une initiative pionniere qui vise a reconstituer l'ecosysteme des steppes a mammouths en reintroduisant des herbivores de grande taille. L'hypothese est que le pietinement de la neige par ces animaux, en compactant le manteau neigeux, permettrait de maintenir le sol a des temperatures plus basses et de ralentir la degradation du permafrost. Cette approche, aussi audacieuse qu'experimentale, illustre la creativite des solutions envisagees pour preserver l'equilibre climatique des regions boreales.
Les meilleures saisons pour voyager dans le Nord russe
Choisir la bonne saison pour voyager dans le Nord de la Russie est une decision qui conditionne l'ensemble de l'experience. Contrairement a ce que l'on pourrait croire, chaque periode de l'annee offre des attraits distincts et des conditions de voyage radicalement differentes. Avoir parcouru ces latitudes en toutes saisons, je peux affirmer qu'il n'existe pas de "mauvaise" saison pour le Grand Nord russe — seulement des saisons differentes, chacune avec ses merveilles et ses contraintes.
L'hiver (novembre a mars) est paradoxalement la saison la plus prisee par les voyageurs en quete d'experiences extremes. C'est la saison des aurores boreales, visibles dans toute la zone subarctique, des paysages de neige immacules et des phenomenes optiques spectaculaires comme les piliers de lumiere et les halos solaires. Le lac Baikal gele, entre janvier et mars, offre un spectacle unique au monde avec sa glace transparente parcourue de fissures turquoise. A Yakoutsk, le festival d'hiver et le marche aux poissons geles sont des experiences inoubliables. Le revers de la medaille est evident : les temperatures descendent regulierement sous les -40 degres, les journees sont tres courtes, et l'equipement necessaire est consequent.
Le printemps (avril a mai) est la saison de la debacle, ce moment ou les fleuves geles se liberent de leur carcan de glace dans un grondement titanesque. Assister a la debacle de la Lena a Yakoutsk ou de la Petchora en pays komi est un spectacle d'une puissance presque effrayante. C'est aussi la saison du retour de la lumiere : en mai, les journees s'allongent rapidement et le soleil de minuit s'installe progressivement au nord du cercle polaire. La toundra se couvre de fleurs sauvages dans une explosion de couleurs d'autant plus eclatante qu'elle est ephemere. Toutefois, la raspoutitsa — cette periode ou le degel transforme les routes en bourbiers impraticables — peut compliquer serieusement les deplacements terrestres.
L'ete (juin a aout) est la saison la plus accessible pour les voyageurs non aguerris. Les temperatures montent entre 15 et 25 degres dans les zones subarctiques, les jours sont interminables et la nature explose de vie. C'est la periode ideale pour les randonnees dans l'Oural polaire, les excursions en bateau sur les grands fleuves siberiens, la decouverte des villages komis ou nenets, et l'observation de la faune arctique. Les ours, les rennes sauvages, les aigles royaux et les oiseaux migrateurs sont particulierement actifs. Le soleil de minuit, visible de fin mai a mi-juillet au-dela du cercle polaire, cree une atmosphere onirique ou la nuit n'existe plus. L'inconvenient principal de l'ete nordique : les moustiques, presents en quantites industrielles dans la taiga et la toundra humide, et contre lesquels aucune preparation ne semble totalement efficace.
L'automne (septembre a octobre) est la saison que je prefere personnellement pour le Nord russe. Les forets de bouleaux et de melezes se parent de teintes dorees et cuivrees, creant des paysages d'une beaute poignante. Les moustiques ont disparu, l'air est vif et limpide, et les premieres gelees nocturnes annoncent le retour du grand froid. C'est aussi la saison de la cueillette des baies et des champignons, activite quasi sacree pour les Russes du Nord. Les nuits commencent a s'allonger et offrent les premieres aurores boreales de la saison. L'automne est egalement la meilleure saison pour observer les migrations de rennes dans la toundra de la peninsule de Iamal ou du pays komi.
Quelques recommandations pratiques meritent d'etre soulignees. Pour les aurores boreales, la periode optimale s'etend de fin septembre a fin mars, avec un pic d'activite autour des equinoxes. Pour le lac Baikal gele, janvier et fevrier offrent les meilleures conditions de glace. Pour les croiseres fluviales sur la Lena, l'Ob ou l'Ienissei, la saison navigable va de juin a septembre. Quelle que soit la saison choisie, la reservation des transports et des hebergements plusieurs mois a l'avance est vivement conseillee, car les capacites d'accueil dans le Nord russe restent limitees.
Questions frequentes
La temperature la plus basse enregistree en Russie est de -67,7 degres Celsius, mesuree a Oymyakon en Yakoutie (Siberie orientale) en fevrier 1933. Ce village est considere comme le pole du froid de l'hemisphere nord habite.
La Russie comprend quatre grandes zones climatiques : la zone arctique (temperatures extremement froides toute l'annee), la zone subarctique (hivers tres longs et etes courts), la zone temperee (la plus etendue, avec quatre saisons distinctes) et la zone subtropicale (limitee a la cote de la mer Noire avec des hivers doux).
Oui, les etes russes peuvent etre etonnamment chauds, surtout dans le sud et le centre. Moscou depasse regulierement les 30 degres en juillet, et les regions du sud comme Krasnodar peuvent atteindre 40 degres. Meme en Siberie, les temperatures estivales peuvent depasser 35 degres.
Pour eviter le froid extreme, privilegiez la periode de mai a septembre pour la Russie europeenne et la Siberie occidentale. Pour la cote de la mer Noire, la saison s'etend d'avril a octobre. En revanche, si vous souhaitez voir le lac Baikal gele ou les aurores boreales, l'hiver est la saison ideale.
Saint-Petersbourg a un climat continental humide. Les hivers sont froids (moyenne de -8 degres en janvier) avec beaucoup de neige. Les etes sont doux (moyenne de 18 degres en juillet) avec les celebres nuits blanches en juin. La ville recoit environ 660 mm de precipitations annuelles et connait un ciel souvent couvert.
Le climat de la Siberie en hiver varie selon la region. En Siberie occidentale (Novossibirsk, Omsk), les temperatures moyennes en janvier oscillent entre -15 et -25 degres Celsius. En Siberie orientale (Yakoutie), les temperatures descendent regulierement sous les -40 degres, avec des records proches de -70 degres a Oymyakon. La neige recouvre le sol pendant 6 a 8 mois, et le permafrost est present sur la quasi-totalite du territoire.
Le climat russe est tres continental en raison de l'immense taille du pays et de son eloignement des oceans temperants. Les masses d'air de l'Atlantique perdent leur humidite et leur douceur en traversant l'Europe, et les montagnes de l'Oural accentuent cet effet. Sans influence maritime moderatrice, les etendues interieures connaissent des ecarts de temperature considerables entre ete et hiver, pouvant depasser 80 degres d'amplitude en Siberie orientale.
Le rechauffement climatique provoque une degradation acceleree du permafrost russe, avec des consequences graves : effondrement d'infrastructures (batiments, routes, pipelines), formation de crateres geants par explosion de methane, apparition de lacs thermokarstiques et liberation de gaz a effet de serre. A Norilsk, les fondations des immeubles se deforment, et les couts de maintenance des infrastructures siberiennes ont triple en vingt ans.
La meilleure periode pour observer les aurores boreales en Russie s'etend de fin septembre a fin mars, avec un pic d'activite autour des equinoxes. Les meilleurs sites d'observation se situent dans la region de Mourmansk, en peninsule de Kola, ainsi que dans le nord de la Siberie. Il faut s'eloigner de la pollution lumineuse des villes et privilegier les nuits degagees.
Oui, l'ete (juin a aout) est la saison la plus accessible pour voyager en Siberie. Les temperatures montent entre 15 et 30 degres selon les regions, les jours sont tres longs et la nature est luxuriante. C'est la periode ideale pour les randonnees, les croisieres fluviales et la decouverte du lac Baikal. Le principal inconvenient est la presence massive de moustiques dans la taiga et la toundra.